Amabilis de Sainte Croix – texte en francais below!

image003Écrits d’Amabilis Hébert Bédard

b. 16 February 1902

d. 17 September 1981


I am working on another translation / adaptation of the french text below. I’ve spent hours embellishing, researching, angsting a bit, trying to make it as professional as possible. I’m serializing at bedard.com.

Below you will find the raw data, in french. Great thanks for Mon Oncle Michel for putting this together.

I first read her words aloud to my mother, when she was still alive. She suffered from dementia, but she always enjoyed hearing the québecois, it brought her back to simpler, though much harsher times.

The stories and characters described by my grandmother, Mumum (Amabilis Bédard) reached from the page and slapped me around. Beautiful brides condemned to asylums, a massive arsenic poisoning, gun accidents, a catastrophic fire, and a spiteful ruthless maudite folle daughters-in-law . . . from hell (actually from the Ile d’Orléans – Adele, from hell) dust the pages of her memoirs. It’s basic, scandalous québecois drama. It’s also first person history. Good stuff, tous en québecois de mumum.

Her memoirs start early in the century and spans multiple wars, many children, close calls, and the like. Amabilis was truly blessed in that all but one of her children lived until adulthood (Marcel dying at four days) and that she herself survived. This was an era with very low divorce rates, a result of childbirth deaths of either mother, child, or both.

I spent a lot of time with her on the shore of the St-Lawrence at Ste-Croix, trying to cheat her at cards. I could never get one past her. 


Écrits de MAMAN. (Texte intégral)

DÉDIÉ À MES ENFANTS SEULEMENT.

Souvenirs mélangés, recueillis et écrits pendant que les autres dorment.

Je suis pris à mon propre jeu, j’avais dis il y a bien quinze ans que lorsque je deviendrais impotente j’écrirais mes mémoires, c’est à dire des faits que j’avais entendu raconter par mes ancêtres, pour les jeunes. Je n’avais pas l’intention d’écrire un livre n’étant pas préparé pour cela, mais voilà qu’on veut que je raconte ma vie, ce n’est plus la même chose, pas intéressant d’abord.

Je suis née ici à Sainte Croix le 16 février 1902,  enfance heureuse avec mes parents, frères et sœurs. Je suis venue au monde plus frêle et maladif que mes sœurs, maman me gardait à la maison pour lui aider et prendre soin des bébés qui arrivaient à tous les ans. Je les aimais ces chers petits, six sont morts dont pour le premier je me cachais pour pleurer, on me disait que c’était un petit ange dans le ciel. Ma grand mère avait une image dans sa chambre, je ne sais plus de quel Saint ou de quelle Sainte, tout autour on voyait des petits anges que je regardais souvent pour voir si je ne reconnaîtrais pas un de mes petits frères ou une de mes petites sœurs décédées.

J’eus une enfance heureuse avec mes parents, mes frères et mes sœurs, les seules prises de becs dont j’eus connaissance provenaient de maman avec grand-mère Adèle qui vivait avec nous, elle était malcommode. Après la mort de grand-père Louis décédé subitement, elle a fait revenir mon père des États- Unis (c’était le plus doux de la famille) pour prendre la relève sur la terre. Il n’aurait jamais dû consentir,  en plus de son travail il fallait qu’il aide à ses frères et sœurs qui partaient de la maison.

« Va aider à en bâtir un, donne une vache à l’autre » …etc.… C’est Adèle qui avait le porte-monnaie et elle aimait bien à « runner ».

Elle se couchait tôt le soir et le matin elle se levait de bonne heure, et commençait à mettre l’ouvrage en marche même si maman avait passé la nuit près d’un enfant malade (elle en a perdu sept), fallait qu’elle se lève et à neuf heure la vieille disait  «   Bon je suis fatiguée » elle allait se coucher jusqu’au midi. Maman restait avec toute la besogne commencée. Qu’il en fallait de la patience dans ce temps pour vivre ensemble vieux et jeune, c’est pourquoi il y avait accrochage, il aurait fallu que maman cède et c’est ce que j’aurais fait pour avoir la paix.

Voici mon premier souvenir, j’avais quatre ans quand ma mère m’amena chez le deuxième voisin Jos Poulin qui s’en allait vivre à Manchester. Ils faisaient la vente de leur ménage et de leurs vêtements, pendant la vente à l’encan je m’amusais avec les deux plus jeunes enfants de la famille Poulin, je voyais partir tous les biens de la famille, je trouvais cela très curieux et ne comprenais pas que des étrangers emportaient toutes leurs choses, j’ai demandé alors à maman de m’expliquer cela.

Comme c’était la maison mère chez – nous, il y avait souvent des réunions de famille à l’occasion d’une visite provenant de Saint-Jean Île d’Orléans ou pour les Fêtes, c’était toute une préparation et çà ne finissait plus de faire viande, ragoût, pâtés, tartes et beignes.

Tante Marie célibataire dans le temps arrivait avec Alphonse, enfant de l’oncle Édouard qu’elle élevait,  pauvre lui il était « pédant » et il disait toujours, « Moi quand je me marierai je prendrai une femme qui se tient à deux mains dans les cordeaux (guides) . Il a marié une folle et ne s’en ai pas aperçu.

A la noce qui se faisait à la maison, un de ses frères malade de boisson lui a vomi presque dans le dos à sa sortie de table et n’a pas réagi du tout à l’insulte fait par son frère. Elle était belle, c’était tout ce qu’elle avait, elle a passé toute sa vie à l’asile et lui seul pour vivre sa vie.

Après un copieux repas, la discussion commençait, çà parlait des chevaux, à qui aurait le plus « fin » le meilleur et le plus vite sur la route.Ect…

Mon oncle Moïse parlait actualité, de Laurier alors député et de Louis Riel, il n’en revenait pas qu’on l’ait pendu. Ensuite venaient les discussions de la construction de l’église actuelle, on avait un beau temple mais trop petit. Il était question qu’on l’agrandisse mais le curé du temps ne voulait pas, il fallait construire un neuf et c’est ce qui est arrivé. Plusieurs avaient des bancs achetés à vie dans l’église et ne voulaient pas céder. Le curé ne voulait pas leur laisser, la grosse chicane a pris. Le curé en chaire a dit, «  Celui qui fera le plus de trouble rentrera les pieds les premiers dans l’église ». La semaine suivante en allant jouer aux cartes chez Napoléon Gosselin il meurt subitement en sortant de la maison, on a pas oublié ces paroles, j’avais huit ans. Comme les autres paroissiens oncle Moïse a perdu le droit  à son banc comme les autres.

Revenons aux réunions de famille, après un bon souper çà jouait aux rois-jeu de cartes. Mon oncle Édouard ne connaissait pas toujours sa portée et le « p’tit blanc » faisait son effet. Un fois il avait dégringolé en bas de l’escalier avec son fanal allumé, pas d’électricité dans le temps, il ne s’était pas fait mal et nous les jeunes ont avaient bien ris de le voir ainsi.

Dans le temps il n’y avait pas non plus d’automobiles, ceux qui demeuraient loin restaient à coucher, on donnait nos lits à la visite et nous on couchait sur une peau de carriole près du poêle, maman se levait souvent la nuit pour entretenir le feu afin qu’on ne prenne pas froid. On avait aussi une boite divan qui s’ouvrait et formait un lit, il arrivait qu’on couchait les quatre petites filles dedans.

Comme il y avait des trésors dans cette maison avec des lits à colonnes que l’on avait coupé, on ne connaissait pas encore la valeur que ceux-ci rapporteraient aujourd’hui. Le grenier était rempli de « patentes » pour tresser le chanvre et le lin pour fabriquer les guides des bœufs et des chevaux. Il y avait tout ce qu’il fallait pour transformer le lin en de belles nappes, de beaux linges pour essuyer la vaisselle et des draps de lit que je n’aimais pas car « çà piquait trop ». Il y avait aussi un métier à tisser, un ourdissoir, un rouet, une tournette et un moulin à beurre. Il y avait une huche que maman utilisait pour faire son pain, il était bon mais quel travail ! Nous on avait un four dans la cuisine d’été c’était mieux qu’aller à l’extérieur l’hiver, on avait pas à sortir dehors.

La laveuse  Ah! Quelle torture la journée du lavage, c’était une cuve sur pattes avec des lattes en dedans, en plus un  « brassin » avec lattes aussi que maman devrait agiter, le linge se faisait laver en le frottant contre les lattes. C’était difficile et je le sais l’ayant essayé dans ma jeunesse. Aussi on s’est cru aux noces quand les nouvelles machines à laver sont arrivées même si on n’avait pas encore l’électricité.

Maman aussi fabriquait nos chaussures et les siennes, on avait des souliers de magasin seulement pour aller à la messe.

Avant de continuer je vais vous raconter des faits vécus du temps de ma grand mère Charest. Elle nous parlait de la pauvreté qui régnait alors. Les pauvres faisaient les maisons et demandaient pour demeurer deux à trois jours à la même place, les gens leur remettaient du lard salé, des œufs… mais pas d’argent ils en avaient pas. Quand un pauvre demandait à coucher quelque part on leur répondait. « Allez à tel endroit, eux ils en gardent » C’était chez grand père qui lui ne refusait jamais le gîte à quelqu’un.

Un jour grand mère alla visiter une tante de son mari qui vivait seule, en parlant elle lui dit qu’il y avait vu un beau clair de lune la nuit passée. Grand mère lui dit alors «  Comment vous n’avez pas bien dormi cette nuit ». Et elle de rétorquer. «  Vous savez quand on a rien pour dîner il n’en reste beaucoup moins pour le souper ». Elle avait faim,  grand mère retourna chez elle toute bouleversée et dit à grand père ce qu’elle avait entendu. Après s’être consulté ils allèrent la chercher pour qu’elle vienne finir ses jours avec eux.  Leur maison a toujours été grande ouverte aux malheureux, que de faits on pourrait raconter sur leur grande générosité.

Mes grands parents ont beaucoup travaillé en plus d’avoir de nombreux enfants, grande mère allait aider le grand père aux champs. Dans ce temps tout se faisait à la main à la maison et aux champs, elle tissait et faisait les habits pour son époux et ses enfants, elle a été la première à avoir une machine à coudre.

De nombreux deuils ont assombri leur vie, une fois qu’elle était à faire le train on vint lui dire que le bébé de deux  ans était tombé dans le ruisseau qui débordait au printemps. Elle couru le long de la rive et parvint à le rattraper  à la limite du champ, mais il était trop tard.

Une fille mariée à Warwick était malade, grand père envoya sa fille de quinze ans pour en prendre soin. Elle attrapa le virus de sa sœur et elle mourut aussi, grand père eu bien du chagrin il n’avait rien épargné pour la sauver. Après sa mort maman dit qu’il monta au grenier et là il fit une crise de larmes se reprochant de l’avoir envoyé à la boucherie qu’il disait; un an plus tard un  autre mourait à son tour, un fils cette fois.

Grand mère une fois ses enfants partis aidèrent à élever une seconde famille, celle de son fils. Elle n’avait pas une très bonne santé, elle eu une vie bien remplie et malgré toutes les fatigues la prière s’est toujours faite en famille. Rendue à 80 ans la fin étant proche elle voulut faire le bilan de sa vie en confession générale. Pendant celle-ci elle dit au curé sévère qu’elle n’avait jamais jeûné. Le curé se mit à lui faire tellement de reproches que la voilà troublée et prise de scrupules et de remords se croyant damnée à l’avance. Pauvre grand mère lui faire une chose semblable elle qui s’était mariée à 17 ans, un petit à tous les ans et tout l’ouvrage qu’elle fit sept jours par semaine. Après avoir nourri tout son monde elle ne devait pas avoir eu le choix de jeûner quand venait son tour de manger.

La même chose a failli arriver à maman qui demeurait avec nous. Sa bru ne voulait plus la garder quand elle ne fut plus capable de travailler, étant malade on voulait la placer à l’hospice (ce n’était pas des foyers dans le temps), elle qui avait tant travaillé auprès de son mari mon père qui  est mort d’un cancer à la maison et de la voir chasser de sa maison, mon mari et moi alors avons décidé d’aller la chercher. Elle a vécu dix ans avec nous, nous avons fait notre possible pour alléger sa peine et lui rendre heureux les derniers jours de sa vie. Je me suis aperçu quand elle était pour se confesser elle ne dormait pas de la nuit pour se chercher des péchés, à son insu j’ai raconté cela à monsieur le curé sachant ce qui était arrivé à ma grand mère. Quand le curé est arrivé il lui a dit de rester assise il s’est placé debout devant elle et la confession n’a pas été longue. Elle était fière, après son départ elle me disait que c’était lui qui l’avait préparé.

C’est vrai un fait me vient à l’idée, encore un oncle de ma grand mère qui demeurait à Saint Flavien,  il ne s’entendait pas très bien avec le curé et il est mort subitement un samedi. Le dimanche en chaire le curé dit qu’il ne devrait pas être enterré au cimetière, cet oncle en question passait pour prendre un « p’tit coup » à l’occasion. Au moment où il  prononçait ces mots une des grande fenêtre de l’église qui était collée sur le cimetière s’abattit à terre, tous les paroissiens et le curé ont été saisis par l’événement et il ne fut pas question de l’enterrer ailleurs. C’était sévère dans ce temps, aujourd’hui on fait des funérailles avec beaucoup de fleurs à des bandits.

Une vieille tante de grande mère avait fait sa toilette pour aller à la messe mais oublia d’enlever sa grande jupe sale  dont elle se revêtait pour aller traire les vaches. Rendu à l’église s’apercevant de son oubli en voyant sa longue jupe qui dépassait son petit manteau court, dans ce temps la mode était aux petits manteaux courts. Qu’auriez-vous fait à sa place ? Mais elle ne perdit pas de temps, déboutonna sa jupe, la retira et la jeta dans le gros poêle à bois qui servait pour chauffer l’église.

Cet autre fait est encore arrivé à l’église, autrefois les gens prenaient un gros repas avant de partir pour assister à la grande messe. Après avoir engouffré crêpes, fèves au lard … et emmitouflé leur capot d’étoffe ou de chat sauvage les hommes tombaient souvent endormi pendant le sermon du curé. Voilà qu’un dénommé Martel s’endort et tomba dans l’allée centrale. Pas bête le vieux, plutôt que d’être la risée des gens il simula d’avoir perdu connaissance et se laissa sortir par les autres paroissiens. C’est une fois rendu à l’extérieur qu’ils se rendirent compte de sa supercherie.

Nos ancêtres étaient plus « dévotieux » que nous dans leur pratique religieuse, mon grand père Charest devait partir d’Issoudun qui n’avait pas d’église pour venir assister à la grande messe à Sainte-Croix. Quelques fois afin de ménager sa monture très tôt le matin il quittait la maison à pieds, allait se confesser,  assistait à la messe en avant midi, aux vêpres l’après-midi puis revenait à la maison qu’au milieu de l’après- midi. Quand ses enfants furent assez vieux pour se joindre à lui, il descendait son cheval attelé sur une petite charrette à quatre poteaux munie de ressorts, j’ai vu ces voitures mais j’avais peur d’y embarquer, de mon temps on avait un « buggy » chez nous et c’était plus confortable.

Quelle différence avec aujourd’hui, une messe d’une heure avec sermon compris. Après la bénédiction du prêtre les portes ne sont jamais assez grandes pour faire sortir la foule, qui en partant le ventre plein ayant la permission de manger une heure avant la communion, le beau char les attend à la porte pour les ramener vite à la maison. Quel changement  pour le mieux, pour nous il ne fallait pas boire avant le communion depuis minuit. Un fois mon père s’étant levé de bonne heure pour faire son train et sa toilette en descendant pour faire ses Pâques, eu la malchance d’avaler de la neige qui lui avait fondu sur la langue de la bouche et dû se reprendre un autre jour.

Le jour de la première communion de Guy qui était un grand jour, dû lui aussi se reprendre. Il devait descendre pour faire sa toilette et le voyant je lui dit que je venais de rêver qu’il avait bu de l’eau à même le robinet comme il en avait l’habitude, je lui dis de faire attention, c’est ce qu’il a fait sans y penser.

La prière du soir ne finissait plus, invocations de toute sortes, chapelets et litanies… plusieurs après une dure journée de labeur à labourer sous le froid de l’automne pendant toute une journée s’endormaient bien appuyé sur leur chaise. Ils auraient pu se limiter à offrir leur travail, ses espoirs et aller au lit. Que voulez-vous les lois de l’Église dans ce temps étaient sévères et exigeantes. Moi et mon mari avons fait la même chose mais avec des prières moins longues et plus à bonne heure, le chapelet en famille se faisait à 7 :00 du soir`, après il eu l’étape de la radio et cette tradition cessa avec la venue de la télévision.

Du temps où on avait le magasin général et le restaurant à Laurier dans le temps cela donnait un lieu de rendez-vous des jeunes, c’était à qui était pour arriver le premier après le souper. Un de ceux-là qui était ponctuel dû traverser deux soirs de suite dans la cuisine quand est venu le temps du chapelet à 7 :00, après ces deux cessions de prières il fit son entrée plus tard. Quel changement aujourd’hui, on aurait dû commencer graduellement, tout s’est fait trop rapidement ne donnant pas le temps aux vieux de s’acclimater à ces changements.

Dans les ancêtres aussi vous aviez des hommes forts, un oncle de maman qui demeurait dans le bas de la paroisse, aujourd’hui où est située la ferme habitée par Émile Hébert, était très forte. Cet oncle avait des pruniers et quand le temps était venu de les cueillir il se faisait voler ses prunes. Après plusieurs larcins, une nuit il fit le guet, au moment où les voleurs se préparaient à secouer un prunier pour faire descendre les fruits dans un drap placé au pieds de l’arbre, là  l’oncle en question apparu, il se saisit des deux malfaisants et se mis à les frapper l’un contre l’autre. La nouvelle de ce règlement s’est vite répandu et jamais plus cet oncle eu de trouble avec ses prunes.

A une autre occasion sur le quai à Sainte-Croix il déplaça lui seul une charrette qui lui barrait le chemin encore-là la nouvelle de cet exploit s’est vite répandu dans les environs. Un jour sa mère s’aperçut de la disparition de ses couvertures lit de laine tissé au métier, ses frères se mirent à le surveiller car il était somnambule la nuit. En le suivant ils se sont vite aperçut qu’il se rendait jeter au poêle les couvertures de lit de sa mère bien enroulées sous le bras. Une nuit au moment où il s’apprêtait à en jeter une au feu il reçu une claque sur une fesse ce qui le fit sursauter et le réveilla pour lui faire prendre conscience de ce qu’il faisait. Une autre habitude du à son somnambulisme était d’aller se promener la nuit sur les poutre de la grange, ses frères n’osèrent jamais de le réveiller quand il se promenait de crainte qu’il tombe. Chez nous Laurent eu cette tendance d’être somnambule par période quand il était jeune, je ne sais pas si il tenait en lui les gênes de cet oncle.

Maintenant je veux vous parler de notre vieille voisine Éléonore Mailloux de Laurier Station, elle était devenue veuve avec plusieurs enfants et elle était très pauvre. Elle me racontait qu’elle n’avait pas de beurre à donner à ses enfants seulement du lard. Un de ses fils voulant un jour lui jouer un tour, s’assit seul derrière la carriole conduite par un de ses amis, il voulait ainsi se faire passer pour monsieur de curé lui rendant visite. Voyant cette visite arrivée et n’ayant pas le temps de ramasser son morceau de lard, elle l’expédia tout simplement celui-ci avec l’assiette dans le trou à bois, c’est ce qu’elle nous racontait un jour.

Une fois que ses enfants eurent quitté la maison, je lui rendais visite et elle me racontait toutes ces choses de sa vie misérable dont celle-ci, lors de la visite paroissiale du curé celui-ci lui demanda ce qu’elle faisait pour passer son temps. Elle lui dit qu’elle tricotait, alors le curé lui recommanda de réciter plusieurs chapelets. Elle du tac au tac elle répliqua. « J’en dis un  et c’est bien beau, je me tanne vite de parler à du monde qui me réponde pas. »

Elle demeurait près de la cour à bois de M. Mercier et se chauffait qu’avec le bois qu’elle trouvait ici et là par terre. Un jour le propriétaire la voyant lui dit «  Eh! Mémère j’espère que vous ramassez seulement de petits morceaux »  Elle de lui répondre «  C’est ce que je fais quand je vous vois et j’en prends des plus gros quand vous n’êtes pas là  ».

D’habitude elle venait souvent à la maison nu tête, mais un jour pour faire ses commissions elle s’était coiffée d’un chapeau noir garni de ruban et de plume. Avant de partir et comme c’était sa coutume elle alla voir le bébé de la famille, lorsqu’il la vit il poussa des cris et se mit à pleurer, sans perdre une minute  elle jeta son chapeau à terre en disant que c’était de ce maudit chapeau que le bébé avait peur.

Je fus surprise de sa réaction, la vieille était assez originale, un dimanche pendant la messe où je gardais les enfants à la maison j’ai constaté qu’il ne sortait pas de fumée par la cheminée. Comme il faisait froid je suspecté qu’elle pouvait être malade et mes doutes furent comblés car elle faisait une inflammation de poumons, elle était couchée, gelée et recouverte en plus de ses couvertures de lit de ses manteaux et d’un vieux tapis de plancher. Je fis avertir son fils et à son arrivée il commença  par allumer le poêle à deux ponts. Au bout d’un certain temps il commença à se dégager du fourneau une senteur âcre et désagréable. En ouvrant celui-ci pour vérifier la cause  il nous est apparu une « poêlonne »  remplie de lard salé qui brûlait. On fit le ménage en attendant le docteur et le curé et on eu de la difficulté à trouver des linges propres nécessaire pour ces deux visites.

Dans l’appartement il y avait qu’une chaise à présenter au curé, elle n’était pas très solide car après son travail il l’écrasa, il dû s’asseoir sur un vieux coffre de bois, on avait le fou de rire malgré la situation. Après le départ du curé  elle ne semblait pas prier alors je me suis approchée d’elle en lui disant qu’il fallait remercier le Seigneur d’être venu à elle. La voilà partie à réciter tout haut. «  Doux cœur de Jésus soyez mon amour » et çà ne finissait plus, ses petits fils et ses enfants ne pouvaient s’empêcher de rire.

Avant de continuer, j’aurais quelques souvenirs de mon jeune âge à vous raconter; l’été on allait à la classe à pieds sur des chemins de terre pas toujours beau surtout après la pluie. L’hiver on restait à l’école avec la maîtresse, mon père devait venir nous reconduire en traîneau, bien emmitouflé dans une peau de carriole. Le lundi matin il nous y conduisait avec toutes nos provisions pour la semaine, c’est ma sœur la plus vieille Amérilda qui préparait nos repas, elle était bien bonne pour nous cherchant à nous désennuyer et aussi de nous apprendre nos leçons. La nuit on couchait dans un banc lit placé en arrière des bancs de la classe. Un midi pendant notre heure du dîner Jos Demers nu-pieds se mit à courir sur les pupitres, rendu vis à vis Alexandra Desrochers il reçu un coup de couteau sur un orteil.

En voyant le sang coulé ce ne fut pas drôle pour ses sœurs dont il était le seul frère chouchouté. Il parti chez lui se faire poser un pansement et jamais il n’eu envie de recommencer son manège.

A sept ans il fallait aller au couvent pour se préparer à notre première communion, on laissait notre foyer un mois où nous étions si heureuses. Ma sœur Anna Marie âgée de six ans s’est bien ennuyée, aussi quand ce fut mon tour d’aller au pensionnat j’avais très peur. A l’âge de quinze ans quand est venu le temps de laisser la maison pour le couvent de Saint Damien  j’ai pleuré tout le long du trajet jusqu’à la station de Laurier, je laissais tout mon monde pour un an mais je l’avais voulue. J’ai pris le train avec mon cousin Maurice Laliberté qui venait aussi à Saint Damien, rendu à Saint-Apollinaire curieux comme une belette il se pencha la tête en dehors pour savoir pourquoi le train s’arrêtait, au même moment il reçu sur la tête une douche d’eau qui servait à faire le plein pour les trains à vapeur, j’ai trouvé cela drôle et je n ‘ai plus pleurée du voyage.

Je me suis vite habituée à la vie de pensionnat malgré que tout ne fût pas organisé au moderne. A tout prendre mon couvent a laissé en moi des souvenirs ineffaçables, la passion de lire et de savoir me vient de là. Je ne peux oublier les bonnes Sœurs St. Victoire et St. Béatrix. Un mauvais souvenir parmi les bons fut la grippe espagnole où 60 parmi nous furent atteintes mais pas une perte de vie, à un moment donné on m’a dit qu’on voulait m’administrer j’étais tellement insouciante que je me suis rappelée de rien.

En convalescence plutôt que de demander à boire, je me lève et me rends au lavabo situé dans le corridor. J’aperçut alors une Sœur toute de blanc vêtue qui dormait dans un fauteuil, en la voyant je me mis à crier croyant que la sœur morte à la même période m’apparaissait, il eu bien des cauchemars créés par cet événement que fut la grippe espagnol. Un prêtre en repos au couvent fit un mauvais rêve une nuit et se mit à crier  Hou…Hou…Tous furent éveillés en sursaut, croyant que c’était une autre sœur décédée qui était sortie de sa tombe. Il a fallu que quelqu’un entre dans la chambre embarrée du prêtre par une petite fenêtre située au dessus de sa porte pour l’éveiller et le rassurer.

Pauvre grippe elle fit bien des victimes 14 Sœurs décédées en mission et plusieurs à la maison mère. Quand une mourrait on l’apportait à coté de l’escalier et elle passait la nuit là, le lendemain des petits vieux de l’hospice prenait sa tombe et allait l’enterrer. Quand j’ai commencé à me lever, je voyais passer des cortèges qui allaient reconduire un des leurs au cimetière. Personne n’entrait à l’église et les cloches ne sonnaient pas pour ne pas effrayer les gens. Mes compagnes recevaient une mauvaise nouvelle qui leur annonçait le décès d’un membre de la famille, quelque fois la lettre leur faisait mention de trois à quatre décès. J’étais moi aussi très inquiète pour mes parents, une sœur oublia de me remettre une lettre de mes parents et tomba malade à son tour. C’est une fois qu’elle fut guérie que j’ai pu en prendre connaissance et me rendre compte que dans ma famille personne n’avait été atteint.

En 1919 la communauté était très pauvre, son fondateur le Père Brousseau  et les Sœurs ont toujours quêté pour vivre. Ils ont eu de la misère avec des incendies et leur terre de roches qui produisait presque rien, à la cueillette des patates on ramassait plus de roches que de légumes. Les Sœurs faisaient tout leurs habits, leur lingerie, leur pain, même l’une d’elle élevait des cochons avec l’aide d’un petit vieux de l’hospice, un homme à salaire voyait aux réparations dans et autour de couvent.

Après une vie de sacrifices le Père Brousseau tomba malade au Lac Vert chez les petits frères et il décéda le 18 avril 1920. Son corps fut transporté à la maison mère et pendant deux jours on se remplaça auprès de sa dépouille pour prier et surtout l’invoquer pour l’œuvre géante qu’il avait accomplie à Saint Damien. Son oraison funéraire fut prononcé par Mgr. P. Eugène Roy et il disait qu’un jour le Père Brousseau alla trouvé l’évêque du temps, c’était au début où il commença son œuvre et celui-ci lui demanda quel était son avoir. Lui pour rétorquer sorti un vieux dollar tout « fripé » de sa poche et dit. «  Voilà mon avoir, Dieu y pourvoira  ». Il voyait juste car aujourd’hui on a qu’à aller à Saint Damien pour voir ce qui existe là. Après son service un banquet fut servi au couvent à une quarantaine de prêtres et c’est nous les plus grands qui avons fait le service.  Je garde un beau souvenir de mon couvent, de mes directrices, de mes professeurs et de mes compagnes de classe, quel grand plaisir pour moi de revoir après 50 ans de vie religieuse trois de mes consœurs de classe, en partant je leur ai fait promettre de revenir me voir.

Après la réception de mon diplôme ce ne fut pas si drôle, il a fallu encore une fois me séparer de ma famille pour aller faire la classe. Les écoles étaient de véritables taudis, il faisait froid là-dedans, je me sentais isolée de tout et j’avais très peur. Une nuit je fus éveillé en sursaut par un bruit dont je ne parvenais pas à identifier, c’est comme si quelqu’un avait fait le tour de l’école en frottant une brique sur les mûrs de planches espacées, il faisait noir et je ne connaissais personne dans l’arrondissement où je me trouvais, ce bruit bizarre à persisté toute la nuit. Je gardais mon petit frère Henri qui avait huit ans et je priais pour qu’il ne se réveille pas, s’il m’avait questionné je n’aurais pas su quoi lui répondre. J’avais hâte que la clarté du jour pointe pour savoir. Imaginez-vous le lendemain ma surprise de trouver une petite souris prise par la queue dans une souricière que j’avais placée moi-même au grenier. Ma chambre à coucher était au milieu du grenier et c’est en circulant autour pour se dégager qu’elle me fit tant peur, je ne savais pas quelle torture lui faire subir à son tour pour m’avoir fait cela.

J’ai déjà dit qu’il faisait très froid à l’intérieur de cette bâtisse, le soir avant de monter me coucher je mettais deux rangée de bois dans le poêle à deux ponts, quand je pense à cela aujourd’hui j’étais bien imprudente j’aurais pu brûler vive avec la cabane. Je gagnais 30.00$ par mois et ma première paie j’étais bien fière de la remettre à mon père pour qu’il paye avec une charge de grains moulés qu’il avait besoin pour soigner ses animaux.

Pauvre papa on l’aimait bien, il était la bonté même, c’est maman qui devait faire les corrections quand elles s’imposaient lui il était trop doux et incapable. Avec la naissance de son premier garçon Alphonse  après cinq filles,  là ce n’était pas drôle il fallait faire attention à celui qu’il appelait son petit pain de sucre. Un jour Juliette qui jouait avec lui par accident lui fit mal, mon père qui eu connaissance de cela lui dit «  Attends ma petite bougresse » et il parti pour lui toucher mais s’arrêta, tous les deux montèrent au pas de course l’escalier nous aussi par derrière pour voir ce que mon père était pour faire car ce fut la première fois et la seule fois qu’on voyait mon père agir ainsi. Juliette se réfugia debout sur le coffre de grand mère situé dans le coin de la cheminée. Rendu l’un près de l’autre à cause de la surprise et de son air menaçant mon père reçu un coup de pieds dans le ventre qui le fit tomber assis sur le lit de grand mère, alors les deux se voyant ainsi se mirent à rire aux éclats et se fut cette seule tentative de correction qu’il tenta de nous donner.

Juliette aimait bien cela jouer des tours, un jour la grand mère nous fit  « échiffer »  de la laine et pour nous encourager elle nous promis de nous amener une fois l’ouvrage terminé en visite chez Joseph le voisin, on y allait pas souvent et c’était une fête pour nous de sortir. Nous voilà à l’ouvrage et comme çà n’allait pas assez vite, quand la grande mère eue le dos tourné  Juliette cacha un gros paquet de laine sous le lit. Une fois qu’elle fut plus vieille c’est elle qui saignait les coqs, une fois elle manqua son coup elle l’avait saigné, plumé et le coq dans un état de léthargie parti en courant, çà faisait dur à voir.

C’est aussi elle qui avait la tâche de se débarrasser des animaux encombrants chats et chiens. Elle tua et enterra un chien de la famille qui jappait trop, Joseph et Henri aimaient bien cet animal mais ils furent mis au courant quand ils furent plus âgés. Une fois demeurant à Laurier c’est aussi elle qui faisait disparaître les chats abandonnés que ses enfants dont Suzanne amenait à la maison. Un jour n’en finissant plus de nettoyer le tapis elle tua le chat ouvrit la porte et lança celui-ci à Oscar qui pelletait dans la cour en lui disant. « Joyeux Noël ». La surprise fut totale  et il se dépêcha d’aller le faire disparaître ne voulant surtout pas que sa Suzanne voit cela et ait de la peine, les jours suivants Suzanne a bien cherché son chat disparu.

Étant fille, Juliette joua un tour à Arthur Hébert qui venait souvent à la maison, un soir d’automne où chacune s’ennuyait elle se déguisa en quêteuse et alla frapper à la porte. C’est Arthur qui alla ouvrir, elle pris une grosse voix pour lui dire. « Il fait frette à soir » et elle se dirigea vers le poêle pour se mettre les deux pieds sur la bavette. La conversation s’engagea entre les deux, Arthur lui demanda si elle était avec son mari et elle de répondre qu’il s’était arrêté pour pisser au coin. Au même moment quelqu’un frappa à la porte, Juliette prise de panique partie en courant vers le haut de l’escalier. Arthur sachant que deux de mes sœurs étaient couchées malade de la grippe voulu l’empêcher de monter. C’est en voulant la retenir qu’il reconnu Juliette et fut bien fâché de s’être fait jouer ce sale tour par sa future belle sœur.

Cette sœur avait l’esprit vif et présent, elle trouvait réponse à tout, un jour où elle travaillait au magasin et qu’un paquet de jeunes s’étaient ramassé pour flâner voilà qu’un de ceux-ci s’achète du raisin sec comme il en avait l’habitude et lui dit pour faire son « finfin » et pour faire honte à Juliette. «  Hier tu m’as vendu du raisin et il y avait un verre dedans ». Elle lui répliqua aussitôt «  Tu sais hier ce n’était pas un jour maigre tu aurais dû l’avaler et te la fermer ». Sous les rires de ses amis il eu l’air fou et çà n’alla pas plus loin.

Juliette et Oscar nous ont bien rendu service l’année du feu et ils ont aussi eu leur part d’épreuve dont celui de se faire empoisonner par de la farine qui contenait dans le fond du sac 25% d’arsenic, tous auraient pu en mourir. Le dessus du sac en contenait moins mais tout l’été leurs enfants avaient la diarrhée dès qu’elle s’en servait pour faire une sauce, un ragoût ou encore un gâteau. Cette fameuse journée comme elle se sentait bien après un accouchement, elle avait envoyé son aide Thérèse Fortier chez moi pour m’aider car à mon tour je me sentais pas très bien. Elle en profita pour cuisiner des pâtés aux pêches que ses enfants trouvèrent très bons et ils en mangèrent beaucoup, elle-même y goûta. Mais la réaction ne se fit pas attendre, tous furent très malades ne pouvant pas boire du lait dans l’attente du médecin car ils n’aimaient  pas çà. A l’arrivée du médecin, celui-ci constata que tous souffraient d’empoisonnement, il fit prendre des échantillons de toute la nourriture qu’il envoya pour analyse à Montréal. C’est après la réception des résultats qu’ils reçurent un télégramme leur disant de ne plus toucher à la farine, qu’elle contenait 25% d’arsenic.

Après de nombreuses souffrances, elle et les enfants ont vite guéris quoique pour elle ses reins avaient été lourdement attaqués, elle failli mourir au temps de sa grossesse qui suivi cet événement, à chaque jour un mal nouveau se déclarait, par chance que son mari en a bien prit soin il lui a donné plus de soins qu’une garde malade, enfin elle fut sauvée mais après combien d’inquiétudes.

J’ai failli subir le même sort avec cette farine empoisonnée, comme elle les avait très réussi Juliette en envoya un à la maison pour nous les faire goûter. Pour que tous puissent y goûter j’avais fait de petites pointes et à la fin du partage quand est venu mon tour, j’ai dit à Guy. « Tu as l’air à le trouver bon, mange donc le restant. » C’est ce qu’il fit  et il ne fut pas malade comme les autres, le docteur me dit que dans son cas le fait d’en avoir mangé tant fut comme un contre poison dans son organisme. Tant qu’à l’autre surtout Jeanne Mance elle fut très malade la nuit et moi je remerciais Dieu d’avoir pu éviter çà moi qui était malade d’avance.

Chez Oscar ils furent bien bons pour nous l’année du feu, mes autres frères et sœurs aussi mais eux comme ils demeuraient à proximité ils nous ont hébergé. Gabriel et Laurent étaient du même âge et se chicanaient beaucoup, comme le premier était chez lui il ne voulait pas prêter ses affaires. Quel cauchemar ce feu, voir tout disparaître en une heure ce qu’on avait mis 15 ans à bâtir, les bâtisses, le magasin, tout l’ameublement et enfin nos vêtements d’hiver qui étaient encore entreposés. Ce qui a été difficile à prendre fut de se faire voler les quelques articles qui venaient d’être sauvés des flammes mais enfin avec l’aide et la générosité des gens on s’est mis à la tâche afin de se relever et de repartir à neuf. Le dimanche avant midi à même des pièces de flanelle sauvées des flammes on s’est mis à coudre des couches, une voisine tricota des bas de laine pour les garçons. Après ce feu on disposait que de 1000. $ D’assurance qui ne nous est pas parvenu immédiatement, nous disposions d’une autre assurance de 1000. $ Mais le paiement de la prime étant échu et faute de renseignements nous n’avons pu récupérer cet agent, pourtant l’agent qui s’occupait de nos assurances nous avait bien dit qu’elle était en force.

A cette période un tel montant était appréciable, nous aurions eu plus de force pour repartir le commerce et Beaudoin n’aurais pas pu agir comme il l’a fait, pourtant mon mari l’avait tant encouragé quand il a commencé en affaire mais lui ne nous a pas donné de chance. Il fut très salaud une fois il alla chercher un « crate » d’oranges qu’il lui vendit une piasse plus cher qu’un marchand de Dosquet nous le vendait, celui-là il fallait toujours le guetter. Mon mari s’est découragé et a abandonné son commerce, c’était de valeur lui qui s’était acheté une nouvelle maison d’un monsieur Gagnon qu’il fit transporter sur notre terrain. Il fallu payer pour traverser la ligne de chemin de fer car les trains furent arrêtés aussi pour faire couper les lignes d’électricité et de téléphone. Une fois rendu en place, on a pu aménager avec ce qui avait été sauvé du feu et les voisins sont venus nous faire une visite d’encouragement, on en avait besoin.

Le soir Denis couché dans son lit criait à tue-tête. « Je m’en vais chez nous ». Maman partait de chez Oscar et s’en venait rapidement pour aller le consoler et le calmer, elle l’entendait de la ligne à 300 pieds avant d’arriver, il criait à pleine tête. « Je m’en vais chez nous »

Ce feu nous a anéanti, au tout début de notre commerce tout allait bien mon mari faisait les commandes que je préparais. Nous avions que Jean, quand il ne dormait pas je le plaçais dans une caisse vide de biscuits sur le comptoir, il s’amusait et j’en étais pas inquiète. Un jour un voyageur arrivant au magasin et le voyant m’a demandé s’il n’était pas à vendre.

Maintenant je veux vous parler de notre mariage, c’était le premier garçon que mon beau-père mariait et il voulait faire les choses en conséquence, beaucoup de nourriture et bien entendu de la boisson à volonté dont plusieurs se faisaient des cachettes dans la grange, du monde chaud il y en avait. Près de sa maison il y avait un champ de patates et le lendemain les beaux-parents trouvèrent plusieurs flocons vides dans les rangs. Chez nous il y avait peu d’invités à la noce, mon père était malade au lit atteint de la terrible maladie qui devait l’emporter après avoir été opéré pour un cancer de la vessie. Cette opération a prolongé ses souffrances, à la maison comme les soins à apporter aux cancéreux existent aujourd’hui il fallait se reléguer à tour de rôle pour lui donner ses injections de calmants, notre soutient et les soins que son état exigeait. Plusieurs fois par jour maman devait laver sa literie à l’eau de javel pour s’assurer que tout soit bien désinfecté, pour moi aussi il a fallu que je m’habitue à jouer le rôle d’infirmière ce qui n’a pas été une tâche facile la première fois qui fut le jour où maman était partie visiter un voisin qui avait l’habitude de rendre visite à mon père tous les jours. Sachant qu’il était malade à son tour, papa demanda à maman de lui rendre visite pour prendre de ses nouvelles. En cette absence de maman  papa devenu trop souffrant me demanda de lui administrer sa piqûre, je n’osais pas craignant de lui faire mal, je voulais aller chercher maman mais lui plutôt que de la déranger, voulu se la donner lui-même. C’est à ce moment que je me suis résigné, moi qui m’étais bien promis de ne jamais toucher à cela quand je voyais maman faire.

Vers l’âge de neuf ans mon frère Joseph eu un grave accident. Un de ses cousins Maurice Laliberté s’était acheté une arme à feu et était très imprudent avec, cette fameuse journée j’étais en voyage avec mon père, Anna Marie et Joseph  à Lucie ville, avant de partir on se promettait bien de faire un beau pique-nique au camp.  Voilà que le beau Maurice s’amène avec sa carabine, en le voyant mon père lui défendit formellement d’entrer à l’intérieur, mais une fois qu’il fut parti pour son travail Maurice entra avec sa carabine, dès que Joseph le vit il pris peur et alla se coucher sur le lit, voyant cela je lui fis un rappel des paroles de mon père, mais enfin !

Des gens revenaient de la cueillette des bleuets et c’est en voulant leur faire peur en tirant par la fenêtre un coup, c’est en voulant se saisir de son fusil que le coup parti et qu’une balle alla se loger dans la jambe de Joseph. Il aurait pu l’atteindre dans le ventre, pauvre Joseph il croyait mourir, on utilisa un mouchoir propre pour lui faire un pansement  temporaire et c’est monsieur Adélard Laroche qui était sur les lieux avec sa voiture qui l’a ramené à la maison au plus vite. En passant chez Thomas Poulin on fit appel au docteur pour lui dire de se rendre au plus vite à la maison, notre pauvre frère a bien souffert car la balle d’acier est demeurée logée entre deux os de la jambe et ce fut très difficile de la déloger de là. Finalement le docteur en ait venu à bout en allant la chercher avec ses doigts. La plaie n’était pas belle à voir nous avions peur pour l’infection, la pénicilline n’avait pas été encore inventé à ce moment. Il fallait remplacer son pansement tous les jours et désinfecter sa plaie avec un médicament très fort que les soldats utilisaient pendant la guerre Notre voisin Joseph Hébert voyant souffrir Joseph dit au docteur. « Tu vois bien que c’est un remède de cheval et que çà n’a pas de bon sens de faire souffrir un enfant comme cela ». Il changea  alors sa médication au soulagement de Jos qui guéri mais qui demeura aussi très faible longtemps et boita toute sa vie. Quelque temps après Maurice Laliberté alla porter sa carabine à Sainte-Anne de Beaupré et il fit la promesse de ne jamais plus s’acheter ou de tirer une arme à feu

Une semaine après l’accident de Jos, un de ses compagnons de classe Émile Coulombe eu les deux jambes coupées par la faucheuse à foin que son père conduisait, il ne l’avait pas aperçu étant caché dans les foins très hauts. En vitesse son père le ramena à la maison où on le conduisit à l’hôpital, pour ce temps ce fut un véritable miracle de lui recoudre les deux jambes qui laissa le jeune Émile avec une infirmité mais il pu marcher quand même.

Tante Jeannette la sœur de mon mari entra au couvent très jeune et a travaillé au sanatorium Mastaï. Elle fit le cancer des os et demeura longtemps alité à l’infirmerie de la vieille maison mère des Sœur rue des Glacis de Québec. Un jour il eu un incendie et du être secouru par les pompiers, en attendant ceux-ci elle dû pour respirer se mettre une serviette mouillée sur sa bouche. Ils durent la descendre par une échelle et rendu au bas les pompiers voulaient l’asseoir, comme ils ne pouvaient pas, ils l’étendirent dans la rue dans l’attente de l’ambulance, elle me dit que çà lui fit très mal, c’est comme si on m’avait couché sur une corde de bois qu’elle me dit. Pauvre cancer qui fait souffrir les gens, dans notre famille c’est cette maladie qui nous emporte ou les maladies du cœur que voulez-vous on n’a pas le choix.

Ma grand mère Adèle était née à l’Île d’Orléans d’une famille de gens nobles et très bien comme on disait. Dans sa famille on retrouvait des capitaines et des pilotes de bateaux ainsi que plusieurs marchands.   Ma grand mère aimait aller glisser dans la côte de Saint-Jean avec les garçons, ce qui était très mal vue et fort déplacé à l’époque pour une fille. Quand grand père Louis la demanda en mariage et l’amena demeurer à Sainte-Croix, sa famille fut soulagée mais pas grand père qui lui était doux comme mon père Alex. De caractère très fort c’est elle qui conduisait tout et avait la main haute sur le porte-monnaie, il fut heureux que grand père décède jeune et c’était mieux ainsi.

Il avait un beau cheval noir et avait été demandé pour conduire le corbillard pour quelqu’un de décéder dans le voisinage. En sortant le cheval de son écurie, celui-ci partie à l’épouvante et s’en alla chez Louis Paradis qui aussitôt le rentra dans son étable. C’est en allant pour le récupérer et en se penchant pour ramasser une poignée de foin que le grand père tomba mort subitement aussi en prononçant les noms de Jésus et de Marie, c’est Louis Paradis qui nous rapporta ses dernières paroles.

Sept de ses enfants sont morts comme lui subitement d’une maladie du cœur, oncle Thomas et papa tant qu’à eux sont morts du cancer, la tante Marie qui pris toujours bien soin d’elle fit exception elle est décédée âgée. Oncle Thomas eu beaucoup de misère étant jeune en allant à la recherche de l’or au Klondike, je ne sais pas s’il a été chanceux et en a rapporté mais il est revenu de cette aventure très malade et mis beaucoup de temps à s’en remettre.

Étant encore célibataire il est revenu à la maison et c’est maman qui en pris très soin. Pauvre mère elle aussi a dû travailler fort dans sa vie. Une fois qu’elle fut devenue veuve et âgée, ne pouvant plus travailler sa bru l’a chassa de sa maison. Mon frère pour avoir la paix approuva sa femme mais il n’était pas heureux de la situation, en dernier les voisins qui aimaient beaucoup maman n’allaient plus la visiter, alors mon frère vendit le bien paternel et alla s’expatrier sur une terre en Abitibi. Alphonse eu deux grosses  peines ou malchances en Abitibi, dès la première année un de ses fils âgé de six ans fut frappé par une automobile en débarquant de l’autobus scolaire, la seconde fut quand un autre de ses fils Gaston reçu un arbre sur le dos en bûchant dans le bois, il est demeuré paraplégique toute sa vie confiné dans un fauteuil roulant. Quand maman reçu ces deux mauvaises nouvelles, elle fut très peinée car malgré tout elle en a jamais voulu à Alphonse, avant d’être marié il trouvait toujours qu’on n’y allait pas assez souvent les voir.

Une fois mariée tout a changé, Jean avait l’habitude d’aller passer quelque temps chez ses grands parents et il avait bien du  plaisir, un été pour s’en débarrasser Orée lui fit un coup et lui ne pris pas de temps de réagir et la traitant de maudite folle. Ce qui mis un terme à ses visites, Delphis qui passait par là le ramena à la maison.

Guy était le filleul du grand père Bédard et ils l’ont aussi souvent gardé pendant mes séjours à l’hôpital, la période du feu ou pendant ses vacances. Petit il était souvent malade et les médecins ne savaient pas ce qu’il avait, il était très choyé par ma sœur Juliette qui travaillait chez nous. Pendant que maman était en visite à la maison le voilà à 104 degrés de température, elle dit alors. « Si le bon Dieu venait le chercher ». Juliette l’entendant elle rétorqua aussi vite. « Vous n’y pensez pas leur plus fin, qu’est-ce que vous dites là ». On a dû se rendre à l’hôpital de l’Enfant Jésus tous les mois avec lui, une fois en descendant en machine à Québec je dis à mon mari et à Juliette, pourquoi on irait pas à l’Hôtel Dieu de Québec voir un certain docteur Dussault. En le voyant il nous dit. « Qu’est-ce que vous attendez pour le faire opérer, ce sont ses amygdales qui l’empoisonnent », on l’opéra le matin même.

Rendu pensionnaire à Sainte-Croix il tomba malade et dû demeurer couché au dortoir quinze jours sans que les Frères nous avertissent, quand nous l’avons su quelqu’un alla le chercher et le ramena en convalescence à la maison. Après son retour au collège et fit une nouvelle crise et il dû être opéré pour une péritonite, le médecin nous dit que certains faisaient qu’une crise dans leur vie.

Quand à Gilles il ne failli ne pas survivre à mon opération pour le foie que je dû subir pendant ma grossesse de lui. J’étais enceinte de six mois et je faisais des crises du foie perdant conscience chaque fois. Je souffrais le martyre, çà faisait cinq jours que je restituais et même si on me faisait des lavements d’estomac, rien ne changeait. Finalement après hésitation, on décida de m’opérer.

Mon oncle Gustave Père Rédemptoriste venait souvent me voir, un jour ne pouvant venir il se fit remplacer par le Père Saint-Pierre qui travaillait à la rédaction des annales de Sainte-Anne. A son arrivée il se présenta et me demanda comment çà allait. Je leur dis que depuis cinq jours j’étais été opéré et que je ne pouvais rien prendre, il me dit que c’est parce que je n’avais pas essayé. Comme on était à la fête de Sainte-Anne Il me bénit et après m’avoir encouragé il s’en alla. Une fois partie Sœur Thérèse vint me voir et me dit que j’avais eu de la grande visite, je lui ai fait part de ma conversation et lui ai dit ma confiance que j’avais en Sainte-Anne. Alors elle m’a demandé si je voulais essayer de boire ou de manger quelque chose, elle me donna un jus de fruit qui passa facilement alors je me considérais sauvée.

Quand à Gilles il fut le plus gros de mes bébés quoique plus nerveux que les autres, ce n’est pas sa faute vu ma maladie (pierres au foie) pendant ma grossesse je ne pensais pas pouvoir le rendre à terme. Gilles dû être baptisé à Dosquet car le curé de Saint Flavien était absent à ce moment.

Le bébé suivant fut Marcel qui vécut que quelques jours, il était né avec une malformation au cœur. Au retour du baptême sa marraine Évelyne Demers me dit. « Tu sais ton bébé ne vivra pas ». Elle s’en était aperçue, pas moi, notre médecin me fit la même remarque en me disant qu’il n’était pas obligé de le voir. Juliette, Anna Marie et Rose Bouchard en prirent bien soin mais hélas Marcel devint un ange de plus au ciel, il est inhumé au cimetière de Saint Flavien.

Çà faisait quatre garçons que j’avais et enfin nous est apparu une fille que l’on appela Jeanne Mance. J’étais bien fière et je lui faisais de belles petites robes, elle demeura féminine malgré sa place dans la famille, les  trois plus vieux et trois plus jeunes qu’elle était des garçons. Elle joua beaucoup avec ses petites camarades filles et quelque fois avec ses frères qui heureusement ne la malmenaient pas trop, elle était douce sinon elle aurait pu en arracher par secousse. Un jour où on était à réparer les chemins Jeanne Mance reçu une poignée de goudron « caltore » dans ses beaux cheveux frisés, c’est à ce moment que j’ai découvert les qualité du beurre pour réparer les dégâts.

Deux de mes enfants se sont permis de faire leur entrée dans ce monde le premier jour de l’année. Comme il n’était pas question de l’hôpital dans le temps, ce fut maman ou une sage femme qui prêta assistance au médecin. Accoucher le jour de l’an dérangeait beaucoup les réceptions, pour Guy le médecin qu’on avait demandé était absent et son « remplaçant » avait la réputation de prendre un coup pas mal fort alors je devins pas mal craintive. Mais tout s’est bien passé, quand le temps est venu, le voisin cousin de mon mari qui avait un jeune cheval trotteur s’offrit d’aller le chercher. Il paraît au dire du conducteur que çà  allait vite et que le médecin n’a pas eu le temps de compter les balises du chemin aussi la vitesse et l’air frais respiré l’ont remis à jeun pour faire son travail.

Pour Laurent il est venu au monde à dix heures du soir au son de la musique de la radio qui jouait très fort, aucun de mes autres enfants n’eurent connaissance de l’arrivée du bébé. Maman du mettre un terme à sa réception du jour de l’an pour venir me prêter assistance.

Thérèse est née un 20 janvier et toute la neige était toute fondue, comme notre char était serré pour l’hiver ce fut P.A. Beaudoin qui s’offrit pour conduire les gens à l’église.

Colette est née le 27 avril pendant la plus grosse tempête de l’hiver, son père et Guy étaient absents, ils étaient partis pelleter de la neige pour déblayer la voie ferrée.

Tous les enfants eurent leurs petites maladies, Laurier, Denis et Laurent eurent la rougeole en même temps et pendant la journée je les couchais en bas pour ne pas trop voyager dans les escaliers. Les trois petits diables étaient tannants. A la radio il se jouait un quart d’heure de musique canadienne, notre petite bonne Lorette Leclerc dansait du balais et pendant toute la durée de l’émission les trois garçons lui demandaient de continuer sans arrêt.

A quatre ans Jean eu la scarlatine et j’ai du envoyer Guy chez son grand père. Gilles était bébé et le docteur me dit que ce n’était pas dangereux pour qu’il l’attrape, c’est Juliette qui prit soin de Jean.

À l’âge de quatre ans c’est Denis qui attrapa cette maladie à son tour, ce n’était pas drôle il fut très malade et tannant, je devais le tenir isolé dans sa chambre sur l’avis du docteur, ses compagnons demandaient toujours pour le voir, je devais surveiller pour qu’ils n’entrent pas en contact avec lui. Il demandait souvent quelque chose à manger et à boire et il « garrochait » tout dessous les meubles. Quand sa peau s’est mise à se détacher, il l’arrachait et la tirait par terre, le matin la première chose que je faisais c’était de nettoyer et désinfecter sa chambre. Jean dû faire plusieurs voyages à Saint Flavien pour aller lui acheter ce qu’il désirait. Il avait un petit bicycle et comme j’avais peur que les autres en l’utilisant viennent en contact et attrape le virus, alors je lui faisais porter des gants mais lui trouvant cela achalant se mâchait le bout des doigts.

Quand il était bébé et bien emmailloté heureusement, son frère Laurier plus âgé d’un an par crise de jalousie s’empressa de tirer sur le bout du paquet pour le jeter à terre à la grande surprise de maman qui le tenait dans ses bras. Dans ce moment de jalousie, il ne comprenait que sa place était prise. Par la suite ces deux frères devinrent des grands amis inséparables chacun d’eux aurait pu se faire punir à la place de l’autre. Cette complicité se continua plusieurs années par la suite, ils firent de nombreuses expériences tout au long de leur jeunesse en compagnie de d’autres amis dont spécialement Pierre Desrochers. Ils en cassèrent des vitres et des pots que j’ai essayé de réparer tant bien que mal à l’insu de leur père.

Je me suis toujours occupé de mes enfants que j’avais désirés et portés souvent misérablement. Je savais qu’ils avaient besoin de sentir mon ombre protectrice, je voulais qu’ils poussent droit et que leurs racines soient profondes. Leur père était malade, on le réalisa à son décès quand son autopsie nous dévoila le cœur qu’il avait. Travaillant misérablement aux usines il fallait qu’à son retour à la maison tout marche rondement, c’était un homme prompt mais qui avait du cœur et regrettait amèrement la peine qu’il causait. Je crois que son enfance n’a pas été joyeuse comme cela avait été chez nous. Il fallait toujours du sérieux, voici un exemple où un jour il y avait un morceau de lard entrelardé sur la table, un enfant me demanda comment on pouvait arriver à obtenir cette viande. Moi en riant je lui réponds. «  Un jour il donne à manger à son cochon et le lendemain il le fait jeûner ». Le plus sérieusement du monde Delphis me regarda et me dit. « Es-tu folle, çà n’a pas de sens de dire çà ». C’était pas facile de le faire rire, quand il n’était pas à la maison je me reprenais avec les enfants, je jouais avec eux quand j’en avais le temps, ils pouvaient lâcher leur fou à leur guise en l’absence de mon mari. Plus tard j’ai beaucoup joué aux cartes avec eux et Laurent pourrait raconter quelques mésaventures qui nous aient arrivé durant nos parties de « rough ».

J’avais écrit quelques notes pour rappeler le passé à mes enfants, je croyais avoir terminé mais voilà que Michel me demande de continuer à me rappeler de mes souvenirs, en voici quelques autres.

Jean avait un mois quand nous avons subit un gros tremblement de terre dans la nuit, heureusement que je dormais mais mon mari en a eu connaissance a eu peur mais ne m’a pas réveillé. Les jours suivants c’était curieux d’entendre tous les gens nous raconter à leur façon comment ils vécurent cet événement avec leurs craintes qu’ils avaient eus pendant la nuit. J’ai vécu une éclipse totale du soleil qui eu lieu vers deux à trois heures de l’après-midi et il était bien bizarre de voir les poules entrer au poulailler comme si c’était la nuit.

Ce que je me rappelle en particulier de la crise économique, ce fut la misère des gens à se procurer des biens essentiels ceux qui ne travaillaient pas ils devaient quêter et ceux qui travaillaient leur salaire était plutôt maigre. Oscar travaillait au chantier de Lauzon pour cinquante cennes par jour, des plus jeunes se dirigeaient à Valcartier pour vingt cennes par jour, le soldat Lebrun nous rappela bien cette époque et ses misères avec sa chanson « Les vingt cennes de Valcartier ».

Demeurant à proximité du chemin de fer à Laurier nous avions plusieurs visiteurs en provenance de l’est canadien, ils étaient montés sur les « tenders » des trains de « fret » qui se dirigeait vers Vancouver. Un jour par un temps très froid rendu à Joly on fit débarquer tous les mendiants du train qui durent marcher à pieds jusqu’à Laurier. Il venaient frapper à nos portes pour nous demander à manger ou à coucher, nous on leur refusait jamais à manger mais pour le coucher la maison était trop petite. En ce temps de crise, j’ai demandé à un s’il avait déjà eu très faim, il me répondit que jamais on lui avait refusé à manger quand il le demandait poliment et surtout en vantant  la beauté des enfants de la famille. Pour coucher on les référait ailleurs comme chez Gérasime Garneau où un de leurs garçons avait été très malade durant cette période bien triste à passer.

Une autre période douloureuse qui fut pour moi triste à passer, fut la guerre 39-45 où Jean à bord des bateaux de la marine marchande allait porter en convoie des munitions en Europe et en Asie. Au large de l’Australie son bateau fut coupé en deux en touchant une mine, il perdit tous ses effets personnels et il nous est revenu par la cote du pacifiques. Je me souviens très bien de cette journée, celle de sa fête le 28 décembre, le matin j’avait dit aux enfants que même si Jean était absent, je ferais son gâteau de fête quand même. Cette journée là il arriva par le train à Laurier vêtu uniquement de sa blouse, en passant il arrêta saluer chez Oscar et en le voyant les enfants dirent à leur mère. « Eh! Maman voilà un quêteux qui arrive » Ils ne l’avaient pas reconnu sous son accoutrement et sa barbe de plusieurs jours.

Aussi à son retour de la guerre de Corée il est aussi revenu par Vancouver souffrant du virus de la malaria, que d’aventures il pourrait nous raconter dans un livre celui-là.

Guy eu aussi sa part de malchances, il fut frappé par une machine mais qui heureusement n’a pas eu de conséquence, il eu le nez fracturé pour ne pas dire mis en bouilli par un des mutins révolté alors qu’il travaillait sur un bateau.

Tant qu’à Gilles il pourrait lui aussi écrire tout un roman  avec ses aventures, je sais que Jeanne Mance écrit quelque chose et elle va en raconter des faits sur notre famille.

Laurier est revenu lui aussi de l’Asie avec un microbe, même que sa femme eu de la misère à le reconnaître à son arrivée. J’ai eu beaucoup de peine du départ de Denis pour la guerre de Corée, lui si jeune j’étais fort inquiète et j’en ai versé des larmes à l’annonce de nouvelles en provenance du front. A son retour lui aussi faisait peine à voir et il a fallu travailler pour qu’il reprenne sa vie normale.

Laurent fit un court séjour dans l’armée, il a surtout navigué l’été et passait l’hiver à la maison, pas de trouble on s’arrangeait bien. Ce fut un choc pour moi et toute la famille quand en 1974 nous avons appris que Suzanne était atteint d’un cancer incurable, quand elle décéda, quel vide cela départ a du causé à la maison, il n’y a pas une seule journée où je ne pense pas à elle. Pour mes trois derniers enfants Thérèse, Michel et Colette ils firent leurs études et ne furent pas pour moi du trouble. Je ne sais pas si j’ai parlé des beaux hivers passés chez Jean en Californie, plusieurs de mes enfants auraient des exploits à raconter, la dessus Michel je vais te laisser raconter vos souvenirs, Mance en a peut-être et les autres se joindront à toi.

Bonne chance, maman.

Ceci complète la troisième partie des écrits que maman m’a laissé, j’ai respecté l’intégral de son écriture afin de refléter exactement sa pensée dans son style d’écrire.

Michel

 

 

 

 

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